C-bet : Quand miser et quand ralentir

Introduction

Le c-bet (« continuation bet ») est une des armes stratégiques majeures au poker. Miser sur le flop après avoir relancé préflop est une action attendue – et souvent surexploitée – mais mal maîtrisée à tous les niveaux. Savoir quand c-bet et quand ralentir permet d’augmenter son winrate, d’éviter de l’argent jeté par les fenêtres, et de rendre son jeu plus difficile à lire. Ce guide intermédiaire décortique ce mouvement clé, en cash game comme en MTT, pour optimiser chaque mise post-flop.

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Concepts de base autour du c-bet

Définition :

Le c-bet est le fait de miser sur le flop quand on était le relanceur préflop. C'est un outil de pression et de value.

Deux piliers guident le choix entre miser (c-bet) et ralentir (check) :

  • Texture du board : Le type de flop (sec, connecté, riche en tirages) influence la rentabilité du c-bet.
  • Équité et range d’adversaire : La force de ta main vs la range de l’adversaire doit être considérée, ainsi que la probabilité qu’il ait touché le board.

1. C-bet automatique vs réfléchi

Le c-bet automatique (miser systématiquement sa relance préflop) n’est plus rentable contre de nombreux profils. Il faut adapter.

2. Objectifs du c-bet

  • Faire folder mieux : On bluffe au flop pour que l’adversaire lâche une main supérieure à la nôtre.
  • Value bet : Extraire de la value en misant avec la meilleure main.
  • Protéger sa main : Faire payer les tirages ou les mains susceptibles de s’améliorer gratuitement.

3. Quand ralentir ?

Checkback est stratégique pour :

  • Contrôler la taille du pot avec des mains moyennes.
  • Réaliser son équité en prenant une carte gratuite.
  • Trapper un adversaire trop agressif.

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Erreurs fréquentes sur le c-bet

1. C-bet sans tenir compte du board

Exemple : miser QJ sur un flop 2-6-2 rainbow dans un pot où une tonne de mains ne folderont jamais.

2. Sous-estimer la range adverse

Miser contre un joueur qui défend uniquement des bonnes pockets et connecteurs adaptés fait souvent face à un call ou un min-raise.

3. Rater la value sur les boards favorables

Check trop souvent sur des boards où l’adversaire est censé folder beaucoup (par exemple A-7-3 rainbow en heads-up).

4. Ne pas équilibrer bluff et value

C-bet que les grosses mains (sous-bluff) ou que les bluffs évidents (sur-bluff) rend le jeu stéréotypé.

5. C-bet de routine en multiway

En pot à 3+, la proba qu’un adversaire ait trouvé un bout du board explose : il faut c-bet bien moins souvent.

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Exemples concrets

Exemple 1 : C-bet évident en heads-up

_Tu relances au bouton avec As-10s. Payé par la BB._

Flop : Kc-7s-2d

  • Board sec, avantage de range pour toi, présence d’un roi, peu de draws.
  • BB a rarement Kx, souvent des petites paires/quinte/débris.
  • C-bet petit (30-40% pot) pour faire folder les floats (A-high, 8-9, etc.), prendre la value contre petits pockets.

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Exemple 2 : Flop connecté, prudence obligatoire

_UTG relance, tu payes au CO avec Js-Jc._

Flop : 9h-Td-Qd

  • Board très connecté, risque de tirages (coeur, quinte), avantage secondaire pour la range adverse.
  • Si UTG c-bet ici, il peut se faire raise très souvent par des mains comme KJ, deux paires ou des draws.
  • Ici, check est souvent mieux que c-bet : on contrôle le pot, on avise Turn selon l’action adverse, ou éventuellement on call une mise modérée.

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Exemple 3 : Small c-bet en multiway – à éviter

_Tu ouvres au CO, BB et SB callent._

Flop : 8c-6c-2h

  • Board avec de la connectivité (draws quinte/couleur possible).
  • Beaucoup plus probable qu’un adversaire ait touché.
  • Solution : c-bet uniquement avec value claire (overpaire, draw max) ; checker la majorité de ses mains.

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Exemple 4 : C-bet bluff sur dry board

_Bouton relance, BB défend._

Flop : Ad-7c-3s

  • Tu as 89s.
  • Board sec, avantage pour toi en tant que relanceur car plus d’A dans ta range.
  • C-bet petit : beaucoup de fold equity, mains faibles vont jeter. Un deuxième barrel dépendra du call adverse.

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Exercices pratiques

1. Repère la texture du flop sur les 5 prochains boards où tu es relanceur. Classe-les « secs » ou « dangereux/connectés ». Note la fréquence où tu pourrais c-bet bluff.

2. Dans les 3 prochaines mains en heads-up postflop, liste la main adverse la plus forte possible (nuts), la main de value, le bluff. Pour chaque, écris si tu miserais ou non et pourquoi.

3. Analyse 10 mains où tu as c-bet, note le résultat. Aurais-tu pu check pour contrôler le pot ou réaliser ton équité ? Identifie un leak récurrent.

4. Cherche dans tes archives une main ou tu étais en multiway. Note le board, ta position, ta main et pourquoi tu as c-bet ou pas. Aurais-tu dû agir autrement ?

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Checklist rapide avant chaque C-bet

  • [ ] Quelle est la texture du board (sec, connecté, mouillé) ?
  • [ ] Qui a l’avantage de range ?
  • [ ] Ma main a-t-elle besoin de protection ?
  • [ ] L’adversaire call-il trop ou trop peu au flop ?
  • [ ] La taille du pot : puis-je value, bluffer, ou dois-je contrôler le pot ?
  • [ ] Multiway ou heads-up ?
  • [ ] Mon image à la table (trop agressif/passif) ?

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Résumé

Le c-bet n’est ni automatique, ni binaire. Miser réfléchi, selon la texture du board, la composition des ranges et la dynamique adverse, permet d’optimiser son gain tout en se prémunissant contre les contremesures adverses. Ralentir dans les spots où ta fold equity est faible ou le risque de raise élevé t’évitera bien des déconvenues.

Test, analyse tes spots, revois les scénarios où tu as perdu de l’argent avec un c-bet mal choisi ; ajuste ta stratégie.

Enfin, n’oublie jamais que le poker comporte des risques : adapte ta mise, tes attentes, et pratique un jeu responsable.